C’est très tôt le matin, un des derniers jours de printemps rayonne à peine à la porte de ma tente, derrière c’est le Chili. Ici, c’est l’entrée du canyon de Lumabia,

 

 

Et là c’est un autre matin face au volcan Domuyo, toit de Patagonie, le soleil est nappé de cendres d’un autre volcan, en activité lui…

 

 

 

 

Ici peut être n’importe où, quand on est sur la route d’El Cholar, quand on serpente tel le fleuve Neuquen le long des saules, charriant ses sables mouvants, sans cesser de conduire, ou parfois pour une photo je freine, pause, je respire.

 

 

 

Je marche avec mes amis Gauchos, souvent à cheval, la mule va partout où le pickup doit renoncer, nous allons en long et en large de la Cordillère des Andes, passionnés par notre liberté.

 

 

 

 

 

 

Voyons voir, une tente, un pickup, des chevaux, un troupeau au loin, puis les nirés, remontons la colline et le voici enfin, le ciel bleu, sans cesse, sans nuages.

 

 

 

 

Le matin on a rassemblé les chèvres dans le corral pour attraper un chevreau, au lasso, pour l’asado et autres mets délicieux.

 

 

Ensuite on les « largue », on marche un peu avec elles pour les mener dans la bonne direction, les chiens les escortent un moment, puis on revient al rancho.

 

 

 

On selle son cheval et on part sur la piste, la huella, l’empreinte des pères de nos pères, des mères qui nous ont livré à la vie. Notre destination ? La souveraineté alimentaire.

 

 

 

Ici c’est la viande, le chevreau grillé, traversé par une broche taillée à l’instant dans une branche de viré, plantée près d’un feu. Deux heures de cuisson au dessus des braises, le temps d’écouter crépiter la graisse et piailler les oiseaux.

 

 

 

 

 

 

Là c’est le poisson, lorsqu’on a la chance de passer par une lagune ou de camper sur le bord d’un ruisseau, la truite arc en ciel est sans conteste la star de nos papilles. Sur la grille ou frit, à l’étouffé ou pané, avec modération et délectation.

 

 

 

 

 

Je n’ai pas l’impression d’être une ovni,

en tant que jeune française immigrée au bout du monde, qui grandit humblement au pied d’une montagne ;

ce quotidien est logique en ce qu’il me correspond absolument.

 

 

Il y a le feu qui embrase, c’est la passion pour devenir meilleure, pour apporter à autant d’êtres possibles de la lumière, l’envie de toucher, de braver les flammes,

 

 

Sous l’aile d’un géant, génie qui colore l’horizon certains soirs enchantés, mon voisin le peuplier admire, je l’admire, tout est boucles et miroirs,

 

 

 

 

Le soleil disparaît derrière le Mayal, mont emblématique de Chos Malal, c’est la vue devant ma cabane, dans le campo d’hiver de La Salada.

 

 

 

 

Ici, c’est la magie des derniers rayons du centre de notre univers, place est faite aux milliers d’étoiles, dans le silence absolu de la nuit, pas un souffle de vent, pas une goutte de pluie :

 

 

 

 

Nous sommes les magiciens protecteurs de cette terre et nous ne baissons pas les bras, nous défendons notre mode de vie.

 

 

 

 

 

La vieille mule discute aussi avec la Vaudou qui protège le lieu,

 

 

La porte de la cuisine, des pêches à sécher, des piments à pousser ; j’ouvre…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici la pièce, sol en terre battue, murs en brique, toit en tôle, 

 

 

 

 

J’y range tout ce qui doit l’être, en ce moment la débroussailleuse,

 

 

 

 

Et voici le tout premier meuble que j’ai amené ici, une armoire trop grande pour ma chambre qui reste donc dans la cuisine, pleine de vêtements, j’y empile plus ou moins méthodiquement mes affaires. Elle sert surtout de support aux visages de mes amis, afin qu’ils m’accompagnent chaque instant.

 

 

 

Dans le jardin, sous la treille, sur une table recyclée, je pose mon ordinateur et mes doigts écrivent sur le clavier ce qu’est ma vie quotidienne.

 

 

 

 

Dans le potager, mes rêves d’aliments frais et disponibles voient le jour sous l’oeil vigilant du géant Tromen, je déteste devoir acheter quelque chose,

 

 

 

 

Les blettes, les calendules, le mais, etc, quel cadeau quotidien vaut plus qu’un repas maison?

 

 

 

 

Tous les jours, aux alentours de midi : oeufs, fromage frais de vache, tomates cerises, basilique, huile d’olive, pain frit ou empanadas.

 

 

 

Tout est garantit bio, por supuesto (évidemment!)

 

 

 

 

Je prépare aussi beaucoup d’aliments pour l’hiver, de l’ail en huile, des fruits secs, des compotes ; c’est aussi le moment de récolter les graines du potager en attendant septembre.

 

 

Mon ami Facundo m’a offert des pommes d’une ferme amie, je les ai pelées et coupées dans le but de les déshydrater,

 

 

 

 

Je garde les pelures car elles sont bio et je les mets également à sécher, elles serviront pour du thé parfumé.

 

 

 

Je pose les fins quartiers de pomme face au soleil, mais aujourd’hui il y a quelques nuages, peu importe, ils peuvent sécher à l’intérieur de la cuisine aussi.

 

 

 

 

 

Les voilà de tout près, je vous en reparlerai en mangeant une compote de fruits miraculeusement frais en plein hiver, genre mi août, avec du miel de nos ruches, de la vanille que j’ai ramenée de Madagascar…

 

 

 

 

 

 

Ce que je veux dire : « c’est à la portée de tous », ça marche avec tous les fruits, quand ils sont en abondance dans un champ ou sur un marché.

 

 

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Produire ses aliments chez soi pour ne pas devoir s’en procurer ailleurs, ne pas devoir travailler de manière salariée pour payer un loyer, des factures. Je travaille bien sûr, mais exclusivement de manière coopérative, pour tous les aspects de mon organisation. Et si je prends le temps et apprécie de préparer des raisins secs, c’est pour demain, ou n’importe quand, pouvoir cuisiner des empanadas à mes amis ;

 

 

 

 

 

 

 

 

Des pêches plates qu’on appelle ici pêches japonaises, extrêmement juteuses,

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour accompagner le mote traditionnel (blé bouilli et lavé dans la cendre),

 

 

On expose les bacs au soleil, on retourne les fruits de temps en temps et dix jours plus tard c’est prêt !

 

 

Tout se conserve dans des sacs en tissu ou des filets récupérés chez le légumier :

 

 

Les abeilles se régalent évidemment, les fleurs de ‘calendula’ du potager et les raisins, elles adorent particulièrement !

 

Je les coupe fréquemment entre décembre et juin, 

 

 

C’est une plante médicinale et qui protège aussi le potager des bestioles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur une vieille cuisinière sèchent les brins de ‘toronjil’, sa feuille est extrêmement odorante, au goût puissant de citron ; je les prépare en thé frais l’été et les émiette dans le maté souvent.

 

 

 

 

Le saule pleureur, qui n’était qu’une branche il y trois ans, sera demain un arbre imposant, sous lequel j’abriterai encore ma vie quotidienne,

 

 

Comme le souhaite un cavalier Soliecol dans son témoignage :

«Longue et douce vie à toi, que les géants Domuyo et Tromen veillent sur ton exceptionnelle destinée.»

 

 

 

 

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